Lettre ouverte au Premier Ministre
24.06.2016

Monsieur le premier ministre,

 

Récemment, dans une interview accordée au quotidien de Standaard, vous suggériez d’organiser un référendum sur ‘les choix sociétaux importants’ car, pour reprendre les termes que vous avez utilisé ‘une partie de la population doute que notre modèle politique soit encore tenable.’

L’idée n’est pas neuve chez les libéraux, car lorsque je suis entré au Prl en 1979, un débat était ouvert sur le sujet et Jean Gol n’était pas du tout opposé à un référendum bien balisé. En juin 1992, il déposa d’ailleurs une proposition de révision de l’art 26 de la constitution dans le but d’y introduire le référendum législatif. Cette proposition fut soutenue par les écolos. J’aurais préféré le référendum d’initiative populaire, mais c’était un début. Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’en politique, il faut se montrer patient.

Malgré le soutien du PRL et des Écolos, l’idée fut enterrée sans que personne ne sache vraiment comment et pourquoi, mais je ne vous apprendrais pas non plus qu’en politique, la décision de faire ou de ne pas faire est souvent prise loin des caméras, sans aucun tapage, de manière plus ou moins occulte. Pourtant depuis vos débuts sur les devants de la scène, vous dites souvent ‘je vais vous expliquer’.

 

Je ne me retrouve plus dans les valeurs néolibérales que vous défendez, qui attachent plus d’importance à la valeur de l’argent qu’à la valeur du travail. C’est ainsi qu’en 2002, j’ai préféré quitté le parti, puisque je ne comptais pas sur la politique pour gagner ma vie, mais plutôt pour étendre un débat autour de questions existentielles telles que la liberté.

Aujourd’hui, j’observe que la démocratie parlementaire ne correspond plus à ce qu’attendent les belges. Mais, en fait, les parlementaires n’ont jamais représenté leurs électeurs pour la bonne et simple raison que la volonté populaire ne se représente pas. Elle est une ou elle est autre.  Il est donc essentiel d’introduire le référendum d’initiative populaire dans notre constitution afin que tous les belges, absolument tous, puissent ouvrir un débat sur un sujet qui leur tient à cœur.

Les déclarations de politique générales ne sont que des déclarations d’intention, cachant les vrais enjeux. Pour ces raisons, les décisions sont toujours prises sans l’accord des citoyens.  Les élus pensent, comme le disait Alexis de Tocqueville : ‘Je ne crains pas le suffrage universel, les gens voteront comme on leur dira’ …. Comme on ne tient les citoyens au courant de rien, il est donc plus qu’aisé de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

En général, toutes les mesures prises par votre gouvernement sont orientées vers le soutien de l’emploi au détriment des chômeurs, des minimexés et des pensionnés qui, à cause du Tax-Shift doivent payer les hausses de TVA et d’accises sans bénéficier de mesures compensatoires. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que la hausse de TVA sur l’électricité soit licite dans la mesure où l’électricité est un bien de première nécessité qui devrait jouir d’un taux de TVA de 6%.

Je vous rappellerais quand même qu’un belge sur cinq est retraité, que plus de 10% des personnes actives sont au chômage ou au CPAS et que depuis 2004 les chômeurs sont pourchassés sans que nos élus lèvent le petit doigt pour que cette discrimination cesse. Au moment de votre entrée en fonction, plus de trente mille chômeurs wallons ont encore été exclus du chômage et ont dû frapper aux portes des CPAS.

Tous ces wallons (chômeurs, CPAS, pensionnés) sont des électeurs qui pour la plupart ne sont pas représentés au gouvernement. Je vous rappelle que seuls 23% des électeurs wallons sont représentés au gouvernement ce qui est une agression des wallons.

Vous fabriquez de plus en plus de wallons pauvres face à une Flandre que vous favorisez. Il ne faut pas s’étonner alors que toutes les décisions prises par votre gouvernement soient contestées et se concrétisent par des grèves en tout genre, y compris dans la magistrature, et que des agressions soient commises sur des agents représentant l’autorité. Agression pour agression, C’est la loi du talion.

Vous n’ignorez pas, monsieur le Premier Ministre, que ces grèves à répétition cachent une réalité bien plus grave, imminente, épinglée dans le dernier rapport du Club de Rome dont vous vous gardez bien de parler.  Les changements climatiques et les limites de croissance devraient vous inciter à résoudre des équations nettement plus préoccupantes que l’emploi et d’amorcer des débats populaires contradictoires sur des questions bien plus pertinentes que celles qui permettront aux multinationales et aux banques de dominer la démocratie.

La Belgique ne peut être – et ne sera pas – dominée par une gouvernance économique.  

 

Paul THUNISSEN