Chômeur, travailleur à plein temps.
18.05.2011

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Cà coule de source, direz-vous, car chacun d’entre nous est moulé dans un tel conformisme qu’il est « normal » que les chômeurs cherchent du travail.


Les chômeurs, responsables aux yeux du monde


S’ils doivent chercher du travail, cela ne revient-il pas à dire qu’ils sont responsables de leur situation. C’est à peu de nuances près ce que l’opinion publique et les autorités décrètent en exerçant sur eux des pressions pour qu’ils cherchent du travail qui n’existe pas, et en oubliant qu’ils sont essentiellement victimes d’une société qui ne les soutient plus.


Depuis une décennie, nous vivons une période de crise et celle de 2007 n’a fait qu’accentuer les effets dévastateurs en terme d’emploi… et de finances publiques. En effet, si les dépenses augmentent plus vite que les recettes, il faut bien se creuser les méninges pour trouver une solution, ...et tant pis pour les demandeurs d’emplois qui en font les frais.

En 2004 était lancé un plan visant à « responsabiliser » les chômeurs par les méthodes peu recommandables que l‘on connaît. C’est un moyen simple et rapide. Il suffit de réduire autant que possible les dépenses liées au chômage, ce qui provoque — mais tout le monde s’en fou — un mal-être chez ceux qui sont privés de leur unique source de revenu.


Avec le recul, on se rend compte que ces choix n’ont pas permis de réduire d’un euro les déficits, et n’ont contribués, ni à la croissance, ni au bien-être des belges qui voient leur pouvoir d’achat se réduire d’année en année.


La préoccupation essentielle (pour ne pas dire unique) d’un chômeur est d’obtenir un travail et un salaire, ce qui représente la dignité.
Mais aujourd’hui, être chômeur devient un statut social. Que de ressources humaines gaspillées.


En se basant sur des faits subjectifs plutôt qu’objectifs, en rejetant la faute sur « des pseudo-tricheurs » plutôt que de valoriser le capital humain chargé d’expérience et de compétences, les autorités montrent l’étendue de leur médiocrité.
Les exclus du système émargent alors au CPAS, qui ne parvient pas à les réinsérer sur le marché de l’emploi. Cela démontre donc que c’est la stratégie qui doit subir un relifting complet.


Profil du chômeur


Ce sont des personnes qualifiées, souvent expérimentées et des êtres humains appréciables. Le chômeur est seul, isolé dans sa recherche, en compétition pour le travail, en quête d‘un travail

instable, en perte de confiance, dans l’incapacité de se faire entendre, dans un rapport de demande… Il ne voit personne, ne travaille avec personne, n’est solidaire avec personne. Il ne peut pas être administrateur. Il ne peut même pas essayer de réduire ses charges (colocation par exemple) car les solidarités sont sanctionnées, il ne peut pas tenter d’augmenter ses revenus pour ses besoins immédiats (le travail au noir est sanctionné). Il ne peut pas s’installer comme indépendant (il perd immédiatement ses allocations). Deux personnes qui s’aiment doivent vivre un amour clandestin…


Chômeur: travail à temps plein


Très peu d’élus comprennent la rigidité des conditions de l’emploi et le parcours du combattant indispensable pour décrocher un travail. Chercheur d’emploi aujourd’hui, c’est un métier. Il faut cibler les bonnes offres, en connaître l’objet, le profil des demandes, et adapter chaque fois sa lettre de motivation et son CV à l’offre convoitée.


Il faut écrire … et écrire beaucoup, se structurer pour rappeler les recruteurs. Les mises en page doivent être soignées, et les impressions au laser de préférence. Souvent l’entretien se termine par « on vous écrira », et puis ce sera une lettre de désolation de «ne pas vous avoir sélectionné» «malgré votre profil intéressant». Ils sont «persuadés que vous trouverez l’emploi convenable à vos aspirations».
Souvent son diplôme, sa compétence, son expérience de terrain ne sont plus suffisants. Le néerlandais est incontournable pour être sélectionné, et une autre langue, telle que l’anglais ,l’allemand ou l’espagnol est déterminante.


Le candidat doit être mobile et en mesure d’exposer avec brio un bilan professionnel, savoir exprimer avec précision, assurance et certitude ce qu’il souhaite ainsi que la valeur ajoutée sur laquelle l’entreprise pourra compter grâce à lui. Pour un recruteur, l’hésitation trahit. Bref, il doit se présenter comme quasi sauveur de l’entreprise, mai ne doit pas tomber dans le piège de donner trop de précisions croyant augmenter ses chances de sélection ou de faire des gestes inconscients qui dévoileraient des vérités inavouées.


Ne pas perdre courage au risque de tomber dans une profonde dépression et surtout ne pas se faire sanctionner par l’Onem… tel est le dilemme.


Qui est le recruteur?


Le recruteur ne vous verra pas. Il paie des spécialistes en «compétences» qui trient les demandes, les sélectionnent et engagent le meilleur candidat. Ils testent vos compétences, vos diplômes, vos aptitudes, votre stabilité, votre motivation, vos attitudes - présentation – écriture… Une sélection immédiate est faite sur CV. Après étude, des points d’évaluation sont attribués. Le recruteur ne prendra donc pas la peine de rencontrer les candidats. Un courrier type où seuls les dates noms et adresses changent exprimera sa décision.


La démarche du candidat est faiblement appréciée tandis que son courrier/CV est définitivement jugé. Des éléments partiels, d’une facette peu réelle de la personnalité, vont donc déterminer le jugement. Un quelconque défaut structurel d’une présentation/argumentation risque de perpétuer l‘appréciation négative, s’il n'est pas corrigé. Le CV trace la vie professionnelle d’un individu alors que ce n’est pas son expérience qui est entendue mais la cohérence de cette expérience avec les critères du poste à pourvoir. La sélection ignore les aptitudes personnelles à l’adaptation.


Paul THUNISSEN